Sergio

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Sergio – Travailleur social

“Charleroi, c’est la ville où je suis né, c’est la ville où j’ai grandi, donc j’ai un lien important à partir du moment où ma famille se trouve ici, mes amis se trouvent ici.

Maintenant, par rapport à l’esprit carolo, je ne sais pas vraiment dire si j’ai un lien fort ou pas. Autant, des fois, l’esprit carolo m’ennuie et parfois il m’énerve grandement pour certaines choses, autant il peut me séduire, à divers niveaux aussi. Je trouve qu’à Charleroi, les gens sont chaleureux, bizarrement. On est dans une ville défavorisée au point de vue socio-économique mais à côté de ça, on est chaleureux et accueillants.

Un autre exemple: Charleroi, c’est pas beau, il y a eu la fermeture des usines, c’est le Pays Noir et caetera mais en même temps, je trouve que c’est magnifique. Je suis souvent dans les paradoxes par rapport à Charleroi. Je trouve que les terrils c’est magnifique, c’est propre à notre région. Je trouve que les usines désaffectées c’est magnifique et d’ailleurs c’est pour ça qu’il y a tant d’artistes qui viennent ici pour s’inspirer de ces paysages-là. Et donc, je suis souvent dans les paradoxes par rapport à mon appartenance à Charleroi.

Par contre, ce qui m’énerve dans l’esprit carolo c’est l’envie de toujours vouloir se montrer, les signes extérieurs de richesse, la violence, une certaine violence, le non-respect, la politique, les mauvais choix politiques, Rive Gauche, le fait de vouloir toujours valoriser la ville d’un point de vue commercial.

C’est quelque chose de particulier je trouve. Parce que même s’il y a tout cette violence, c’est contradictoire et paradoxal avec le fait qu’on soit si accueillants, et parfois qu’on ait beaucoup d’humour, un franc-parler. Et ce que je n’aime pas à Charleroi est souvent en paradoxe avec ce que j’aime bien.

Je peux très bien haïr cette ville et en même temps l’aimer. Je peux être très fier de dire que je suis carolo comme je peux être honteux de dire que je suis carolo. Je peux très bien le défendre et dire: “Ouais, mais tu dis ça de Charleroi mais…” comme je peux très bien critiquer la ville. C’est un sentiment bizarre mais c’est comme ça.

En même temps, j’ai vécu des choses très dures à Charleroi, j’ai eu une enfance très difficile et en même temps, j’ai vécu des choses très belles aussi. Et même à ce niveau-là, je suis souvent dans les paradoxes.

Je suis parti à Bruxelles à un moment donné parce que je vivais des choses difficiles à Charleroi puis je suis revenu à Charleroi parce que je vivais des choses difficiles à Bruxelles. À Bruxelles, en tout cas, là où je me trouvais je me suis rendu compte que c’était encore pire que ce qu’on disait de Charleroi: beaucoup plus de violence, beaucoup plus d’inégalités, plus de racisme, moins de nature. C’était encore plus la ville, on se sentait encore plus étouffé.

Ce qui était très différent par contre, c’était l’individualisme. Pour faire des connaissances, c’était beaucoup plus dur, tu étais une personne isolée parmi tant d’autres. En quatre ans, je ne connaissais personne dans mon bâtiment. D’ailleurs les gens me disaient: “Ah, tu viens de Charleroi. À Charleroi, les gens sont chouettes, quand il y a quelque à dire, ils te le disent, ils ne tournent pas autour du pot”. Et ils avaient raison. Je ne le voyais pas quand je vivais à Charleroi mais, en vivant à Bruxelles, je me rendais compte que les gens de Charleroi étaient plus chaleureux. Quand tu déménages à Charleroi, très vite tu fais connaissance avec les voisins, les commerciaux sont aussi beaucoup plus accueillants et tu es beaucoup plus vite intégré dans la ville. Tout ça, quelque part, me manquait un peu. En fait, je suis revenu à Charleroi parce que je tournais vraiment mal à Bruxelles. Donc ça a été Charleroi parce que je connaissais mais ça aurait pu être une autre ville.

Peut-être que d’autres villes sont proches de Charleroi, au niveau de la mentalité, comme La Louvière, par exemple. Quand je vais à Liège, je me retrouve. La mentalité est très proche des carolos. Je rentre très facilement en contact avec les gens là-bas, je vois qu’ils sont très proches de nous. Je n’ai pas ça quand je vais à Bruxelles, à Gand ou même à Mons. Quand je vais à Mons, Namur ou Louvain-la-Neuve, c’est un peu mal perçu de dire qu’on est de Charleroi, mal interprété: les gens y ont une mauvaise image de Charleroi. Et quand ça vient des autres, je trouve que ce n’est pas justifié. Quand ça vient de moi, oui, je peux dire qu’il y a de la violence, beaucoup de pauvreté, que des fois c’est pas beau mais quand ça vient des autres, je trouve que ce n’est pas justifié parce qu’ils ne le vivent pas. Ils ont entendu parler, ils sont déjà venu une fois, ils ont entendu que… mais ce n’est jamais justifié.

Mes prochains challenges sont artistiques. J’aimerais apprendre la guitare. J’aimerais, depuis des années, créer un spectacle humoristique décalé. À moyen terme, j’aimerais arrêter ma salle de boxe pour m’intéresser à d’autres choses. Peut-être m’investir dans la vidéo. Et au niveau professionnel, j’aimerais bien que mon projet, “Réalisateurs en Herbe” et le “Festival du Clap d’Or” qui y est associé, deviennent quelque chose de plus important et que le projet puisse voler de ses propres ailes. Que je ne fasse plus que ça: contribuer à le faire grandir. C’est un projet qui apporte énormément aux jeunes en termes de valorisation et d’expression. Et donc, je voudrais qu’il grandisse afin de permettre à encore plus de jeunes de s’exprimer et toucher plus de gens aux travers des thématiques qui y sont abordées. Ce projet pourrait vivre dans d’autres villes et s’étendre. J’ai la conviction de faire plus de travail social au travers de ce projet que dans les entretiens individuels réalisés avec les gens. C’est du travail social mais réalisé de manière artistique et pas dans un cadre thérapeutique ou purement éducatif. Les jeunes utilisent l’art pour se valoriser, apprendre des choses et interpeller. Pour dire des choses, pour sensibiliser et ça je trouve que c’est intéressant.

Je suis content que Charleroi n’ait pas attendu le politique pour s’élever au point de vue culturel. On n’a pas attendu que les politiciens aient décidé de tout détruire à la ville basse pour y construire des trucs commerciaux pour ramener des gens. Le milieu culturel n’a pas attendu cela pour se développer à Charleroi. Et ça, je trouve que c’est génial. Au niveau culturel, on est très riches. Et c’est peut-être du au fait que ça c’est très mal passé au point de vue socio-économique, qu’au niveau culturel on ait voulu s’exprimer et créer. Et j’espère que ça va continuer en restant accessible à tous. Parce que ce qui me fait très peur dans le monde culturel c’est que ça ne soit accessible qu’à une élite. Il y a énormément d’événements bobos ou un peu BCBG, pas forcément accessibles à tout le monde. Moi je voudrais qu’il y ait des événements vraiment accessibles à tous. Ça je le défends ! Avec ça, il n’y a pas de paradoxe, pas de contradiction, ça je le défends vraiment. Je peux aller partout, si on me dit: “Oui, mais Charleroi…”. Oui, mais du point de vue culturel, tu peux y aller quand tu veux, c’est super riche.”

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