Selçuk

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Selçuk – Ouvrier du bâtiment – Animateur socio-culturel

“Le cordon ombilical n’est toujours pas coupé: je suis toujours attaché à Charleroi. Comme je suis né ici, c’est un peu comme le disait le poète français Paul Valéry: “On est du pays de son enfance”. Le lien n’est pas celui de l’enfant avec sa mère mais Charleroi nous a vu naître donc c’est un peu notre mère, quelque part.

J’ai souvent pensé à partir, vers l’ailleurs, vers un pays anglo-saxon pour bosser. Je suis parti mais je suis toujours revenu à Charleroi vu que toute ma jeunesse, tous mes amis, toutes mes connaissances sont là. Et ce n’est pas facile — certains le font mais bon — de partir dans un autre pays, refaire sa vie là-bas. Il y en a qui réussissent bien mais moi j’ai toujours cette attache à Charleroi. Un point d’ancrage, quelque chose qui m’attire.

Charleroi n’est pas la plus belle ville du monde mais quand on y a vécu, quand on y a grandi, on ne voit pas ça de la même manière. Elle a une particularité. Elle est à part, disons. Bien sûr, il y a Bruges, il y a des belles villes, Bastogne, de chouettes endroits… Mais Charleroi a quelque chose de particulier qui fait son charme. Un charme un peu différent. Il faut être dedans pour le comprendre. Il faut y avoir vécu.

J’étais souvent en France, par le passé. Je faisais du colportage, je sillonnais toute la France et souvent les gens entendaient notre accent et nous demandaient d’où on venait. Charleroi. Donc il y avait toujours des réactions. Ils trouvaient ça un peu bizarre, ils avaient un peu peur. J’avais des amis en Suisse, je leur ai demandé de venir à Charleroi, ils ont eu peur et ne sont pas venus. Ils avaient peur pour leur voiture. Charleroi avait un peu mauvaise réputation, c’était le temps de l’affaire Dutroux.

Maintenant elle renaît un peu de ses cendres, beaucoup de gens oeuvrent dans ce sens-là. C’est une ville industrielle, il ne faut pas l’oublier. C’est vraiment un Poumon Noir. Elle prospérait au début du XXe siècle au niveau mondial, en verrerie, métallurgie, en chimie avec Ernest Solvay.

J’ai toujours essayé d’être un représentant de la ville. Quand je suis en extérieur j’essaie de parler en bien de ma ville, de faire venir des gens, pour qu’ils découvrent la ville, tout ce côté culturel. Beaucoup de gens viennent à Charleroi pour faire de l’urbex, l’exploration urbaine et découvrir tous ces vieux bâtiments, les usines désaffectées. Ça a un charme pour tous les photographes. Ils perçoivent une beauté dans tout cela.

Des projets, j’en ai pas mal. Pour certains il faut trouver des gens qui sont un peu fous, pas réellement fous mais pourvus d’un peu d’audace, d’ambition. J’essaie toujours de venir avec des projets qui sont un peu décalés. Par exemple, descendre dans la rue avec des poètes et déclamer de la poésie de manière sauvage et spontanée. Des projets audio-visuels. Et des idées par rapport à Charleroi. On n’a pas le pouvoir de décision mais chaque citoyen peut avoir des idées pour la ville, pour la mettre en valeur par rapport à l’aménagement de certains espaces. Les concepteurs ne pensent pas à tout. Je pense qu’on va dans le bon sens mais il y a encore moyen de faire beaucoup mieux.

Sur l’importance de la ville justement, il y a un grand poète qui fait connaître Charleroi vu que sa poésie est traduite dans le monde entier. Donc tout le monde a sans doute lu dans des traductions différentes “Le Cabaret Vert” qui était une auberge qui se trouvait à la Place Buisset. Rimbaud avait fait trois fugues, trois passages à Charleroi et dans cette auberge il a écrit ce fameux poème, un poème de jeunesse où il décrit une scène avec une serveuse qui lui apporte à boire. Il faut le lire. Ce poème a certainement permis à Charleroi d’être reconnue auprès de ceux qui s’intéressent à la littérature.

Les fans de Jim Morrison connaissent peut-être Charleroi puisque Morrison était lui-même un grand fan d’Arthur Rimbaud. Il avait toujours avec lui les oeuvres complètes, traduites en anglais. Et donc je pense que Jim Morrison a lu “Le Cabaret Vert”, donc il connaissait Charleroi aussi. Il y est peut-être passé… il a peut-être bifurqué quand il est venu à Paris mais je ne pense pas.

Par contre, j’ai lu que dans les années 60-70, un groupe d’écrivains français ont fait un pèlerinage pour visiter le Cabaret Vert. Donc je pense que chaque citoyen doit être représentant de sa ville et la défendre quand on est confrontés à des personnes qui en parle en mal. On est tous responsables de notre ville, un peu comme si c’était notre maison”.

One thought on “Selçuk

  1. Bravo et très bien écrit, il est plaisant de voir ce que cela bouge , en bien comme en m…oins bien , lol …bon succès dans cette aventure… serais ravis d’en parler plus amplement
    Francis 600

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