Lolita

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Lolita – Carolo des champs

“Charleroi, j’y suis née et ma famille est originaire de la région de Châtelet. Mes grands-parents sont venus pour travailler en Wallonie, dans le bassin sidérurgique. Donc mon histoire familiale est rattachée à l’existence même de cette ville. Mon lien avec Charleroi s’est d’abord développé via mes études. J’étais à Pie X à Châtelineau et pour sortir, la première ville c’était Charleroi, on festoyait là-bas.

Ensuite le lien s’est encore modifié quand j’ai commencé à travailler dans la région et là j’ai eu le coup de foudre pour la ville. Avant, cela faisait partie de mon identité sans que je ne me pose de question. Limite c’était… pas un fardeau mais déjà il fallait que je le défende quand j’étais à Châtelineau parce que tous mes amis allaient dans de jolies petites écoles bien proprettes du côté namurois. Et donc déjà à cette époque il fallait batailler et dire: “Je viens de Châtelineau et c’est génial et mon école, elle est géniale !”

Charleroi est devenue Charleroi à mes yeux quand j’y ai travaillé et que ce travail m’a permis de découvrir le réseau associatif et cette politique de réappropriation des espaces publics. Et puis ce discours: “Redynamisons la ville, faisons-y quelque chose de chouette, de grand, de beau, de vivant !”. Et c’est à ce moment-là que je me suis appropriée la ville en tant que ma ville.

Habitant à la campagne, moi j’y allais beaucoup et ça a été un point de chute après mes études à Bruxelles. C’est là que j’ai compris l’importance de l’urbain dans ma vie. Et comme j’habitais Mettet, au lieu d’aller vers Namur et comme j’avais déjà des attaches à Charleroi, cette ville est devenue mon point de chute urbain. Et c’est en y allant comme ça et par mon travail que j’ai réellement pris goût à tout ce qu’il s’y faisait, tout ce que je connaissais déjà mais qui avait évolué, s’était arrêté ou laissait la place à d’autres choses. La vraie passion pour Charleroi est donc arrivée bien après mes premières guindailles d’étudiante.

Je me sens maintenant comme une Carolo des champs parce qu’il a été important pour moi de faire des choses à Charleroi et pas juste d’y venir pour profiter de ce qui y existait. Je voulais rentrer dans cette dynamique passionnante voulant aller du moche au beau, du mort au vivant et casser ce côté “moche” de la ville. La ville doit toujours interpeller mais ne doit plus rejeter et faire partir ou freiner avant même que les gens ne soient rentrés dans la ville. J’ai bien aimé cette façade moche et grisâtre qu’il fallait dépasser.

Ce que j’y ai trouvé, c’est des gens ! Des jeunes dans le renouveau, dans cette nouvelle dynamique carolo. Des gens qui rêvent, avec des compétences diverses, enrichissantes, passionnantes, démoulantes. J’aime bien quand il faut se démouler de toutes les choses qu’on connaît pour remouler le truc. Remouler la ville à ma façon. Il y avait une énergie et une synergie incroyable pouvant travailler sur la ville là-dedans, comme ça, dans cet amas. L’énergie mise dans les associations, les politiques, la jeunesse,… pour que tout le monde retravaille à ce renouveau carolo. Une grosse machine en route vers quelque chose de waouw !

Mais comme toute grosse machine, il y a des choses qui ont fonctionné et qui fonctionnent toujours mais il faudrait se pencher sur le reste. Sortir de ce qui a été fait pendant quatre ans et aller vers ce qui est encore tapi dans l’ombre. Créer des choses, oui, mais les créer pour les rendre durables et réappropriables car ce qui n’est pas réappropriable n’est pas durable. Et ne pas faire les choses pour les rendre belles mais plutôt les rendre justes. Bellement justes.

Mes futurs projets sont musicaux et événementiels, à Charleroi et en dehors. Monter un café-concert, des lieux participatifs. Je mets beaucoup de sens dans les projets professionnels et je m’oriente vers plusieurs secteurs. Le challenge principal se situe dans le respect des droits des personnes réfugiées, en Belgique, en Europe mais aussi à l’échelle mondiale. Mais avec l’idée que cela se transcrive dans des actions concrètes en Belgique, avec de réels moyens pour les associations ainsi que directement aux réfugiés. Dans le pouvoir d’agir surtout. Parce que nous sommes les réfugiés de demain et les réfugiés d’hier. Déjà, si les médias pouvaient traiter le phénomène de façon plus juste et cohérente, ce serait déjà bien.

Qu’il y ait plus de justice pour ces personnes-là parce qu’il y a beaucoup d’injustices, ici, en Belgique dans la manière dont on les encadre, dont on s’en occupe, dont on les fait transiter d’un endroit à l’autre. Réhumaniser ce secteur. Aller vers la justice, c’est déjà empêcher l’injuste de s’installer. Ces notions de juste et d’injuste me poursuivent depuis que je suis toute petite.

Et s’occuper de la jeunesse. Décloisonner les secteurs. Arrêter de tout mettre dans des petits paniers et d’essayer d’orienter la jeunesse vers une sorte de petit parcours parfait, ne pas placer les jeunes mais les construire de sorte qu’ils puissent décider après où ils se placent, les rendre critiques et engendrer cette génération de personnes qui vont révolutionner le monde. C’est une utopie absolue mais il faut travailler à ça, développer les projets qui permettent ça.”

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