Stephanie

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Stephanie – Aide et soins à domicile

“Toute ma famille est ici, je n’ai jamais déménagé donc j’ai grandi ici et j’ai vu l’évolution de la ville. Si j’étais partie, ça aurait été à l’étranger mais jamais ailleurs en Belgique: Namur, Mons, non… moi c’est Charleroi, rester à Charleroi. L’extrême ou rien. L’étranger, ça aurait été pour voir et vivre d’autres choses, d’autres cultures, d’autres origines. Charleroi, c’est ma famille, mes amis, ce côté convivial que possède Charleroi malgré tout ce qu’on peut en dire.

Charleroi s’est modernisée. On a donné plus de place aux graffeurs, aux mouvements urbains. Il y a eu aussi des efforts dans les infrastructures, dans la propreté, etc. Il reste une mauvaise image de Charleroi, surtout du point de vue de la propreté mais il ne faut pas oublier que les usines, même si ce n’est pas propre, même si ça dépose de la crasse sur la ville, que ça enlaidit le paysage, c’est ce qui nous a fait tous vivre.

Maintenant qu’on n’a plus tout ça, même si c’est plus propre ou plus beau, les gens sont obligés de partir travailler ailleurs. Il y a eu une évolution mais qui n’a pas engendré que du positif. Rive Gauche, par exemple, c’est bien et pas bien en même temps. Oui, c’est moderne, c’est grand mais il y avait déjà assez de centres commerciaux et ça suffisait aux gens.

Je ne vois pas l’intérêt de ce centre commercial où un petit commerçant artisanal ne peut pas s’offrir une place dans la galerie parce que c’est trop cher. Quand j’étais petite et que je passais rue de la Montagne, il y avait ce fameux singe devant le magasin de bonbons: tout le monde l’a connu mais ce magasin n’existe plus et n’aurait jamais pu s’offrir une place dans Rive Gauche. Pour mettre du moderne, ils ont fait disparaître des choses qui sont là depuis des années. Pour attirer des gens de l’extérieur, pour redorer l’image, ils ont tué les petits commerces que tous les carolos connaissaient depuis toujours. Ma grand-mère l’a connu ce magasin de bonbons, ma mère et moi aussi mais ma fille ne le connaîtra pas. Et je trouve ça triste.

Je venais jouer sur ce terril quand j’étais petite. J’aimais être en hauteur, observer l’évolution de la ville, les couchers de soleil, les fous rires avec les amis, les courses en vélo, tous ces souvenirs. Ça, c’est resté intact et j’espère que ça le restera encore longtemps. En tout cas, c’est resté tel que je l’ai connu.

Charleroi, c’est bien plus complexe que cette image de ville de barakis. Charleroi, c’est surtout tous ces gens avec la main sur le coeur, tous ces endroits à visiter, le Musée de la Photographie, les vestiges de la sidérurgie. Notre patrimoine est riche mais trop souvent mis dans les oubliettes. Ceux qui colportent une mauvaise image de Charleroi l’ont peut-être développée quand la ville était dans une mauvaise passe mais n’ont pas fait l’effort de revenir voir son évolution par après. Pour la comprendre, cette ville, il faut y rester un peu ou y vivre.

Mon prochain challenge serait de faire comprendre des choses à ceux qui ont une vision purement administrative du monde. Pour qu’ils ne restent pas dans leurs cases. Quelqu’un à qui on refuse une aide parce qu’il gagne un euro de trop, je trouve ça un peu triste. Je voudrais bien que ceux qui travaillent dans les bureaux, en sortent et viennent sur le terrain pour observer les vraies situations. Sortir de cette bulle qui dit que parce que c’est écrit, ça doit être fait comme ça. On peut gagner cet euro de plus ou de trop mais quand même être dans le besoin. Que ces gens qui travaillent dans l’administratif fassent un effort pour aider son prochain. J’aimerais vraiment faire évoluer les choses dans ce sens-là dans mon travail. Chaque situation est différente et on ne doit pas toujours se référer uniquement à ce qui est écrit. Faire le bien autour de soi et œuvrer à ce que le monde soit mieux, c’est aussi sortir des sentiers battus, réussir à accepter les dérogations et être plus coulant. S’adapter. Voir les situations et s’adapter à elles. Les règles, c’est bien mais elles doivent s’appliquer selon les cadres spécifiques de chaque personne.”

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