Stratos Fred

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Stratos Fred – friendship maker / true man capote / eternal lover

Mon lien avec Charleroi tient tout simplement dans le fait que je suis carolo.

J’ai longtemps habité Ransart et j’ai eu longtemps mes activités sur Charleroi. La ville a bougé, des choses sont apparues et on n’a plus besoin de se taper Bruxelles pour voir des trucs. Quand tu traînes en ville, il se passera sans doute quelque chose. Cette ville, on peut la percevoir selon notre propre humeur : ça peut te faire chier parce que c’est en travaux et que tu ne sais pas te garer, comme tu peux te balader tranquillement à pieds le dimanche au marché et trouver ça sympa.

Tu peux trouver ça bien d’avoir des endroits culturels ou trouver ça moche que ces endroits soient pour bobos ou d’autres. La ville a deux côtés, comme une pièce de monnaie. En ce moment, je vois surtout le côté agréable. Ça permet de voir des choses et de développer un esprit critique. Il ne faut pas tout dénigrer: plein de trucs se font, tout est souvent ouvert à plein de gens. Parfois les gens se mettent des barrières eux-mêmes plutôt que de sortir et se mélanger.

J’aime bien les quais, par exemple, ça a un côté plus reposant. Tu es à 50 mètres de la ville mais ils y ont planté quatre arbre et tu as l’impression d’être en bord de Seine. C’est complètement fake mais tu es tranquille au bord de l’eau, tu profites d’un vent d’eau… il ne manque plus que deux ou trois péniches qui passent. Et quand tu lèves la tête et que tu regardes de l’autre côté, tu vois des terrils. Tu regardes à gauche, il se passe un truc, tu regardes à droite, il se passe autre chose… tu as parfois l’impression que tous ces trucs ne vont pas ensemble.

Charleroi ne ressemble à aucune autre ville mais elle ne sait pas qu’elle a une identité. Les gens comparent et passent plus de temps à dénigrer qu’à regarder ce qu’elle est, ce qui a été fait et ce qui est à faire. Le “j’aime pas” sort vite. Cela dit, les avis peuvent changer. Du point de vue du tourisme, les choses se sont un peu professionnalisées. Avant, être carolo, c’était n’importe quoi et maintenant tu peux te balader ailleurs avec des t-shirts “Je suis carolo”. Tu deviens une marque déposée sur le chemin.

Être carolo, ça peut juste être traîner en ville quand tu n’as rien à faire ou venir chercher les choses qui s’y passent. Tu peux y zoner comme venir voir des trucs. L’air de rien c’est quand même rempli de théâtres, d’animations, de petits concerts. Mais ça reste quand même confidentiel. Ou ça peut être pris comme une honte quelque part, cet investissement dans le culturel. Tout le monde n’a pas le même avis sur le Quai 10 ou les lieux du genre, par exemple. À un moment, il faut bien accepter d’avoir une image. C’est beaucoup de ronflant, ces trucs là: ça draine toujours les mêmes personnes, le sujet de conversation tu as vite fait le tour, c’est pas forcément là que tu vas voir le plus de choses.

Au Quai 10, tu vois beaucoup de choses mais les gens pensent que ça s’embourgeoise. Mais il n’y a pas de raison si tu gardes le même état d’esprit ou si tu fréquentes les mêmes personnes. Non, à toi d’aller avec ta personnalité dans le lieu et l’appréhender comme tu le ressens. Il y a plein de théâtres amateurs ou de petits concerts. Il y en a tout plein et c’est sans prise de tête. Mais tu as décidé de te prendre la tête avec ceux qui se prennent la tête, tu tournes en rond.

Il faut arrêter de se sentir lié à quelque chose. “Free your mind and your ass will follow” — libère ton esprit et ton cul suivra. Moi, je me surprends à ne pas avoir trop de lieux favoris, de ne pas avoir de gens préférés, je ne fais pas partie d’un groupe de personnes ou quoi que ce soit d’autre. Il y a plein de gens et suivant l’humeur ou ce que tu as à faire — pas d’un point de vue profit — tu peux voir des gens mais rien ne dit que tu dois voir les mêmes personnes, absolument rien ne dit que tu dois le faire.

On est devenus des slasheurs, même dans les relations. “Je suis fêtard slash poète solitaire slash autre chose”. Il faut accepter ses personnalités. On n’a pas qu’une seule personnalité. Tu n’es pas obligé de sortir au même endroit, dans la même ville… tu peux être carolo et traîner partout autre part.

Il y a un truc quand même que la ville aurait pu faire: avec la canicule qu’on a connue, j’aurais bien vu le port du bikini obligatoire avec une prime pour le monokini.

Que la ville s’ouvre, je trouve que c’est vraiment pas mal. Mais il ne faut pas penser que c’est le centre du monde. Il s’y passe des choses, elle évolue mais il faut bien penser que ce n’est pas une ville qui a été construite pour les gens. C’est un gars qui a dit, en 1666: “Il y a une rivière qui passe là, on va en faire un bastion, une forteresse, on va se foutre sur la gueule à Charleroi !” Et puis, après, d’autres ont décidé qu’on allait y faire de l’industrie, qu’on allait y mettre des charbonnages, des verreries mais jamais qu’on allait y habiter. Puis dans les années 70, on a fait tout pour la bagnole: ces routes, ces boulevards Tirou, ces Colonnades,… C’est beau mais c’est de l’imposant, c’est du chiche. Ce sont aussi toutes ces familles qui ont réussi sur le dos de ces petits mineurs, sur le dos des fabricants de verre, et qui se sont payés la ville.

C’est seulement maintenant que Charleroi appartient aux gens. Des places, des endroits où se balader. Des commerces. Qu’il n’y ait plus rien à la rue de la Montagne, bah voilà. Il faut arrêter de penser dans le passé. Il faut chercher à se réinventer, à évoluer. Il faut se surprendre soi-même. Arrêter de penser que la ville est comme ça, que c’est dommage qu’elle soit détruite ou que c’est bien qu’elle soit reconstruite. Ça bouge. Ce n’est pas pour ça que les gens doivent perdre une identité. L’identité est dans l’ADN et ce n’est pas lié à un bâtiment. Si c’est ça, fais des photos et regarde les, tiens ! La nostalgie est un sentiment qui ne t’aide pas à gérer ton quotidien: tu ne vas pas arrêter de manger parce qu’il n’y a plus les Colonnades.

Le grand principe de Charleroi c’est que la ville, historiquement, n’a jamais été faite pour être habitée. Et comme tout bon wallon, on se plaint tout le temps mais on ne propose pas grand chose. Propose, casse-toi la gueule mais refais-le. On n’est pas assez Américains pour ça. Sinon, la ville est bien, je trouve. Et si j’aime bien ce coin, c’est parce que j’aime bien les gens. Il y a des gens de toute sorte, du misérable au petit péteux. Trouve-toi là-dedans, ne t’accroche pas à quelqu’un.

Mes prochains challenges? Je rêve de toucher le ballon au Sporting et donner le coup d’envoi d’un match. J’espère que la chance se poursuivra. Je voudrais avoir ma marque de préservatifs. Ça coûte moins cher que de faire des t-shirts et tu peux en mettre sur tous les comptoirs et dans les pharmacies. Faites l’amour ! Pas dans une optique commerciale, se développer, grandir… et d’ailleurs si tu veux mettre un préservatif, vaut mieux être grand ! Et que les gens pensent un peu plus librement. Je ne demande pas que les gens se sautent dessus, mais allez, soyez grivois, pincez-vous les fesses de temps en temps. Pas du harcèlement, ça ce n’est pas bien ! Mais on demande d’abord, quoi… Tout le monde pense à ça, on ne se saute pas dessus mais parfois les mouvements #metoo et autres, ça vire à l’extrême. Il faut se respecter, tout bonnement. Il n’est pas question de respecter plus l’un que l’autre. Et je vous embrasse tous, trois fois sur la joue !

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