Gash

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Gash – pur produit de la mixité carolo / rappeur / beatmaker / super father

“Je suis né ici et ça a créé une attache naturelle avec Charleroi. Puis j’y ai grandi et j’y ai fait mes études également.

Je suis un pur produit d’une mixité carolo. Mon père est italien et mon grand-père a travaillé dans les mines de charbon des environs, du côté de Tamines, je crois. Mais finalement il a acheté une maison à Charleroi. Ma mère, elle, a grandi en France mais a fini également par arriver ici, avec ses soeurs à l’époque, pour faire sa vie ici. Charleroi a attiré pas mal de personnes , voire a “appelé” beaucoup de gens sur son territoire. Ça a contribué à créer cette mixité.

Ma famille est ici et je n’ai jamais vraiment pensé à aller vivre ailleurs. Ma femme est comme ça également. On aurait pu aller rejoindre mon cousin en Australie, ça marche bien pour lui là-bas mais en en discutant, je ne me voyais pas partir. Même d’autres villes belges, ça ne me tente pas. À moins bien sûr de gagner à la loterie, partir ça ne m’intéresse pas.

Le prix de la vie est correct, les gens sont chaleureux quand on les connaît. J’aime cette mixité de personnes et la proximité des choses. Charleroi n’est rien d’autre qu’un grand village : tout le monde se connaît et en tout cas, tu connais toujours quelqu’un qui connaît quelqu’un. Et à partir de là, tu crées un réseau. Et ça c’est très attrayant.

Quand j’allais visiter Bruxelles, ou d’autres grandes villes, je ne me sentais pas en insécurité mais quand même devant de l’inconnu. Tandis qu’ici, quand tu te balades, tu tombes toujours sur quelqu’un qui connaît quelqu’un.

Par contre, j’aime moins le climat économique et le marché de l’emploi par ici. Niveau boulot, j’ai eu du mal à creuser mon trou et j’espère pouvoir m’y accrocher d’autant que ma situation est toujours précaire. C’est chaud vis-à-vis de tout ça. C’est ce qui pousse certains à partir. J’ai pas connu beaucoup de gens qui ont bougé de Charleroi à cause de la ville ou de son climat mais j’ai connu beaucoup de gens qui sont partis parce qu’ils ne voulaient pas se retrouver à la rue ou dépendant de l’aide sociale ou devoir accepter n’importe quel boulot en fonction du secteur en pénurie du moment.

Ironiquement, c’est marrant. L’exemple “chouette” qui me vient en tête ça s’est passé en 2010. On m’appelle et on me dit : “Votre avenir est dans le call-center !”. Peut-être que c’était pareil partout en Belgique. Bref, plein de boîtes du genre ouvraient. Et 5 ans plus tard, tous ces call-centers fermaient. Ça a été la même chose, en moins rapproché, avec les mines et les usines.

Caterpillar… Cette entreprise a même eu un boulevard en son honneur à Gosselies, “Avenue des États-Unis”, une entreprise qui devait être pérenne et qui symbolisait beaucoup : les autres usines fermaient et eux étaient là. Et puis c’est symbolique : un bulldozer peut détruire et construire. Construire des choses qui resteront — c’est une belle image — puis on retire ça de Charleroi, quoi. Et ça c’est beau, ironiquement.

À côté de ça, on érige un centre commercial qui, certes, crée des emplois mais en détruit d’autres car des magasins et d’autres centres commerciaux ferment. Charleroi, c’est un peu spécial pour ça. Les politiciens ne misent pas toujours sur les bonnes choses. Par exemple, ici, on est sur un lieu d’urbex et pour moi, l’art est quelque chose sur lequel on devrait miser. Quand les gens sont dans la détresse, ils peuvent créer des choses magnifiques. La fresque en face de nous représente un visage un peu déstructuré. Ce sont des jeunes qui ont fait ça, des jeunes d’ici.

À Montignies-sur-Sambre, il n’y a pas de Maison de Jeunes et les jeunes sont totalement livrés à eux-mêmes quand ils sortent le soir. Rien n’est fait pour les mobiliser, les structurer, leur fournir une aide ou une direction dans laquelle aller. Il n’y a peut-être pas de locaux adéquats ou de citoyens prêts à se bouger pour ça. Il y avait un local à 500 mètres d’ici qui aurait pu convenir mais la ville a préféré le laisser pourrir pour sans doute pouvoir le démolir plus tard. Et puis, on est dans une époque qui dit: “chacun chez soi”. Pour les gens d’ici, c’est souvent dur de boucler le mois et donc, s’investir dans quelque chose d’aussi fortement impliquant qu’une Maison de Jeunes, ce n’est pas toujours possible sans compter que ce n’est pas sans risque de devenir administrateur d’une MJ.

Je passe souvent ici avec mon chien, le long de la route du moins. Depuis que je suis tout petit, je suis attiré par les graffitis. Vers 16-17 ans, j’habitais route de Châtelet, à Couillet et on voyait les trains passer. Le dépôt n’était pas loin et des graffeurs allaient y faire des faits de vandalisme dont on voyait les résultats sur l’extérieur des trains. Le matin, les graffitis étaient frais et la peinture était magnifique. L’art urbain m’a toujours attiré. Et comme je suis rappeur, tout ça est intrinsèquement lié au mouvement hip hop auquel j’étais également lié de par le partage que ça entraînait. Le partage, ça a été important dans ma vie d’adolescent.

Il y a beaucoup de Charleroi dans ce que je fais en tant qu’artiste. Notamment dans un morceau qui a fait parler de lui en 2012 (”Charlyking” – ndla). Mes pairs trouvaient en tout cas que c’était un bel hymne de Charleroi. Chaque artiste finit de toute façon par décrire son milieu, c’est même un réflexe humain. C’est venu spontanément… Charleroi, les habitudes de chacun… J’avais un point de vue spécial car quand je me levais le matin, je voyais Couillet qui plongeait sur Charleroi en quelque sorte et c’était magnifique. J’écrivais beaucoup en regardant ce point de vue.

Et puis, malgré tout ce qu’on dit d’elle, souvent en négatif, moi je pense que cette ville a de l’avenir. Un proverbe dit qu’on ne peut pas creuser plus bas que sol. Bon, nous on a trouvé le moyen de creuser un peu plus bas encore mais on arrive au bout, je pense. Les gens trouveront leurs solutions eux-mêmes. Une belle image c’est celle d’un artiste carolo qui évolue sur Bruxelles — JeanJass — qui glisse souvent un petit “Charleroi” ou “Charlouze” dans ce qu’il fait. Et si l’auditeur est un peu curieux, il s’intéressera à cet autre Charleroi, parce que JeanJass n’en parle pas qu’en négatif.

En tant qu’artiste, j’ai envie de continuer à partager ce que je fais. Je compose, j’écris et je travaille avec des gens du coin. Et ça c’est une vraie volonté, cet ancrage local. En plus, j’ai un peu de mal avec l’éloignement géographique et j’ai besoin de discuter avec mes collaborateurs, de partager des choses. Le contact direct est essentiel. Pour le reste, je n’ai qu’une seule envie : construire au mieux l’avenir de ma fille.”

Suivez Gash sur Audiomack et YouTube.

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