Martin

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Martin – carolo d’adoption / globe-trotter / électricien catalan

Le tout premier lien que j’ai eu avec Charleroi, plus jeune, c’était avec ma mère qui bossait ici dans le social. Je suis moi-même devenu travailleur social. Et donc, ma mère m’a fait découvrir Charleroi, bien avant les rénovations et j’en gardais un souvenir assez lugubre. À l’époque, ce n’était pas du tout une ville accueillante.

Et ce qui m’a rattaché à cette ville plusieurs années plus tard — alors que j’y étais revenu avec plein d’a priori — c’est le travail social. Je bossais avec des jeunes en décrochage scolaire. J’ai découvert plein de gens, plein de personnalités différentes, même au-delà de mon cadre de travail et c’était vraiment cool. Grâce au boulot, je suis allé à la rencontre de plein d’institutions sociales mais également des institutions culturelles. Ça m’a vraiment ouvert les yeux. Avant ça, comme beaucoup de gens qui ne sont pas de Charleroi, je ne connaissais que le Rockerill. À une période de ma vie, j’étais dans la musique, dans la création d’événements et le Rockerill tournait déjà vachement bien à l’époque.

C’était tout ce que je connaissais avant d’y travailler : le Rockerill et des souvenirs d’enfant qui n’étaient pas des plus roses. Maintenant, je la vis surtout au travers de la culture. Pour moi, c’est peut-être la ville wallonne la plus dynamique culturellement. Plus jeune, je bougeais partout, pour clubber ou pour visiter des endroits culturels et j’ai une bonne vision d’ensemble, je pense. Maintenant quand je viens au ciné ou voir une expo — le théâtre c’est pas trop mon truc — c’est ici que ça se passe ! C’est géré par des gens qui veulent faire découvrir des choses au public. Avant, j’allais à Mons pour me rendre au ciné mais depuis que le Quai10 a ouvert, je viens ici au moins deux fois par mois et c’est même cool d’y boire un verre.

Même la facette extérieure de Charleroi — plus sombre, plus industrielle, même si ça parait stéréotypé de parler de ça — ça me rapproche fort de mes passions. Dans une comparaison assez vaste ou maladroite, on pourrait comparer certains coins de Charleroi à certains quartiers de Berlin. Ces vieux métros, les graffitis partout sur les murs… ce métro fantôme… tout ça me fait penser à plein de villes ultra dynamiques. Il n’y a rien de plus dynamique d’un point de vue culturel que Berlin et Charleroi vit un peu une ascension culturelle. Il y en a pour tous les goûts : des trucs plus bobos comme le Quartier d’Été, dans le parc où on se trouve aujourd’hui, comme des trucs beaucoup plus alternatifs. C’est cool parce que cette ville peut faire bander tout le monde au final !

Je sais que des agences de voyage flamandes organisaient des tours pour faire découvrir Charleroi, sous un regard péjoratif, mais franchement, là, ils peuvent venir ! C’est une énorme fierté cette façon de rebondir d’un choc industriel à ce que la ville devient maintenant. Ici, au parc du Lucky Luke, l’endroit est connu pour les choses négatives qui s’y passent mais moi, avec le boulot, on y a fait plein d’animations et on y a rencontré plein de gens et c’est très excitant. J’aime ce mode de communication carolo où les choses ne sont pas guindées. C’est ce qui m’excite le plus dans cette ville.

On dit souvent que Charleroi doit redorer son image mais moi je ne pense pas. Charleroi, soit tu adhères, soit tu restes avec tes a priori. Il ne faut pas être con mais oser ouvrir son esprit. C’est comme dans tout dans la vie, si on s’ouvre l’esprit, on découvre et si on fait ça à Charleroi, on est servi ! On m’en avait dit du négatif mais via mon boulot et les bons moments que j’y ai passés, je ne la quitterai plus vraiment. J’ai développé un sentiment d’appartenance et je suis très fier de dire qu’à Charleroi, il se passe plein de trucs et je colporte ça à l’extérieur.

Liège a connu son petit boom à l’époque mais là j’ai l’impression que c’est à l’arrêt notamment concernant les soirées de musique électronique. La Caserne Fonck bougeait pas mal mais là c’est en standby. Par contre, je ne pense pas que Charleroi vivra ce ralentissement culturel parce qu’il y a constamment des trucs qui s’ouvrent et de nouveaux projets qui se mettent en place.

Je ne résonne pas vraiment en termes de défis personnels. Ici, j’ai un truc super concret qui approche : je vais partir travailler dans l’électricité, alors que je ne suis pas du tout formé à ça, à une heure et demie de Barcelone. J’ai aussi fait ma demande pour aller vivre au Canada via un PVT. J’ai envie d’y apprendre la culture locale. J’ai des antécédents de voyage mais j’ai envie de m’intégrer dans un système de boulot plutôt que de barouder constamment.

Après… des projets… c’est compliqué. Je sais que ce n’est pas bien vu de le citer mais comme le dit Dieudonné : “Quand on me demande quels sont mes projets, je réponds : Et toi, c’est quoi tes projets, connasse ?” Moi, je suis plus du genre à sauter sur ce qu’on m’offre et ne pas vraiment anticiper ce qu’il se passera dans trois ans dans ma vie. L’Espagne, c’est un gars qui m’a dit : “Tu serais chaud de bosser trois mois avec moi?”. Là je travaille pas donc j’ai dit : “Ok, c’est quel domaine ?” Peut-être que je vais détester mais je m’en fous, c’est juste pour trois mois. Et puis, détester des choses c’est s’ouvrir à d’autres choses, gérer ses émotions et apprendre à se connaître en fait.

Charleroi transmet un peu ce truc là d’ailleurs : c’est super éclectique, on y rencontre plein de gens. Elle a mauvaise presse, on stigmatise une bonne partie de la population qui y habite mais je n’ai jamais eu aucun souci ici. Bon, je ne me ballade pas à 3h du mat’ dans les endroits les plus chauds mais je n’y ai toujours rencontré que des gens chouettes et avec qui on pouvait échanger. Et ça, ça se fait de moins en moins dans les grandes villes ou les villes où le rythme est ultra soutenu. C’est super rare, par exemple, de parler à quelqu’un dans le métro à Bruxelles — le rythme est plus effréné, un peu comme à Londres — mais à Charleroi, le rythme est plus lent. Et si je pouvais revenir à Charleroi pour bosser, ça me plairait beaucoup. En tant que travailleur social, il y a quand même une certaine reconnaissance ici : la demande est assez forte, il y a des moyens financiers même s’ils ne sont pas suffisants et les travailleurs sociaux collaborent bien, échangent sur leurs pratiques et sur ce qu’ils vivent au quotidien. Et ça, ce n’est pas le cas partout.

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