Amaury

IMG_6427

Amaury – briseur de stéréotypes / businessman

Je suis né ici. Mon père est bruxellois, ma mère est 100% carolo. Dans la famille de ma mère, ce sont principalement des gens issus du monde ouvrier, qui travaillaient aux chemins de fer et à la Sonaca. Du côté de mon père, ses parents étaient professeurs. Mes parents sont diplômés de l’ULB puis ils ont voyagé. Durant quelques années ils ont été expats, à Singapour. Mais quand mon grand-frère a eu 2 ans et demi, ma mère a voulu rentrer car elle ne souhaitait pas que ses enfants soient éduqués dans une bulle. D’abord, on a habité à Chapelle-lez-Herlaimont puis à Charleroi. Cette ville, j’y ai vécu jusqu’à mes 18 ans. Ensuite, je l’ai quittée pour réaliser mes études à l’ULB.

Mais c’est une ville que j’ai toujours aimée et je me suis toujours revendiqué carolo, notamment à l’université. À Bruxelles, j’ai entendu énormément de stéréotypes sur Charleroi. La première semaine de cours chez Solvay, je suis arrivé en jeans et pull basiques et dans l’auditoire, tout le monde portait des chemises Ralph Lauren, de toutes les couleurs… j’avais pas l’habitude de voir ça. Finalement, j’ai fini par dire que je venais de Charleroi et la réaction a été de me demander: “Tiens, c’est comment là-bas?”. Au début, je ne comprenais pas la question. Comme je n’avais jamais quitté Charleroi, je ne pouvais pas comprendre la vision que les gens du Brabant wallon ou les bruxellois pouvaient avoir de la ville. Bien sûr, je savais que la ville n’était pas très riche mais en tout cas, je ne pouvais pas croire qu’on la percevait comme une ville dangereuse ou peuplée de gens méchants.

Du coup, durant ma première année d’études, j’ai eu droit à des remarques sur Charleroi, le fait que je ne parlais pas bien anglais, ça renvoyait une certaine vision qui disait que les carolos étaient plus bas que les autres. Mais je me suis fait des amis carolos à l’unif et je pense que l’on a bien contribué à changer la vision qu’avaient les autres de Charleroi. Par contre, je n’ai jamais fait partie du cercle carolo de l’ULB parce que je n’étais pas allé à Bruxelles pour rester avec des carolos. Je voulais rencontrer de nouvelles personnes. Je ne me suis jamais inscrit au cercle Solvay, d’ailleurs. Je me suis toujours dit que les cercles, c’était trop réducteur parce que tu restes avec les mêmes personnes. Et au final, j’ai connu des gens un peu partout. Mais ce qui m’a permis de connaître mes potes carolos à l’ULB, c’est mon accent : un jour, j’ai parlé et on s’est retourné vers moi en me disant : “Toi, tu viens de Charleroi !”

Même au-delà de l’ULB, il y a énormément de carolos à Bruxelles. Et donc, durant ces années-là, on a cassé pas mal de stéréotypes : “les carolos sont fainéants, ils sont au chômage…”. Moi, ma mère, n’a fait que monter des boîtes dans sa vie, elle n’a jamais vu une journée de chômage. Mon père, pareil. Et je pense même que dans ma famille, beaucoup ont travaillé bien plus que certaines personnes dans le Brabant wallon parce que les salaires étaient plus faibles et que le week-end, c’était plutôt débrouille pour aller travailler sur un chantier ou l’autre pour se faire un peu d’argent. Un autre stéréotype qu’on a cassé c’est : “Charleroi, c’est dangereux”. Même le langage : “Bisous m’chou”, “Kédiss ma biche ?”, mes potes bruxellois ou du BW le disaient, à force. Mais ce qui a vraiment contribué à ce qu’ils changent de vision, c’est quand je les ai amenés ici. Ils ont compris que leurs préjugés étaient basés sur du vide.

Aujourd’hui, mon rapport avec Charleroi a changé. Je n’y habite plus mais je travaille à sa redynamisation via un projet immobilier. J’y viens rarement parce que le gros de mon travail est à Bruxelles. Et ce travail, via la société dans laquelle je me donne à 200%, est lié à Charleroi. On rapatrie des investissements ici, via nos clients bruxellois. On veut aussi donner un coup de pouce à la ville et je pense que c’est une vision partagée par pas mal de carolos et par la ville. Là où Bruxelles pousse plus à l’individualisme, Charleroi permet plus facilement de parler des projets qui y sont créés et les coups de pouce sont plus fréquents. Pour le moment, je travaille au moins 14 heures par jour.

Actuellement, ma vision est surtout entrepreneuriale et axée business parce que comme tout entrepreneur, j’espère qu’à 35 ans, je serai peut-être un peu plus tranquille. Et si j’ai un peu d’argent de côté à ce moment-là, pourquoi ne pas me lancer dans les projets culturels.

Avant, j’avais justement des envies de projets culturels, avec des amis. Des projets de fêtes, en fait. Reprendre des endroits abandonnés, un peu comme le Rockerill, et d’y faire des méga teufs. L’exemple typique, c’est le métro fantôme de Charleroi, c’est un endroit génial, pourquoi ne pas y faire des fêtes ? Pareil avec la piscine Solvay. On y a réfléchi longtemps puis on s’est rendu compte que si ça touchait des bâtiments publics, c’est lent, trop lent… cinq ans pour débloquer un subside… Du coup, comme beaucoup de jeunes, je ne sais pas où je serai dans cinq ans, ni même si je serai encore en Belgique.

Donc, ce projet est mis de côté mais il traîne toujours dans un coin de ma tête. Tous ces endroits abandonnés près du Rockerill… dans la banlieue moscovite, ils y feraient des rave-parties… Ce qui manque un peu au Rockerill, c’est une vision et une communication plus axées sur les jeunes. Du point de vue culturel, il y aurait vraiment moyen de faire encore plus à Charleroi.

Quand je parle à des investisseurs, je dis souvent qu’à Anvers, Gand et Bruxelles, tout a été fait. Mais par contre, Liège et Charleroi, il y a encore des choses à faire, voire même tout à faire. Ce qui manque à la ville, ce sont justement des jeunes qui y lancent des projets culturels. Si on arrivait à rapatrier les jeunes pour faire ça, on pourrait vraiment être la capitale culturelle de Belgique. Charleroi deviendrait une ville où on pourrait vivre et rester, notamment pour y faire des études. La tour Interbéton, à Anvers, avec le dynamisme anversois, ce serait repris et ça cartonnerait : du design, des restos, des bars,… Ce serait chouette que les jeunes de Courcelles ou Gosselies essaient de réinvestir le centre ville de Charleroi dans cette optique-là.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s