Kathy

IMG_6479Kathy – assistante sociale / future batelière / pas du tout carolo !

“Charleroi, j’y viens de temps en temps, dans le cadre de mon travail. Je suis assistante sociale dans un centre d’hébergement pour personnes sans-abri. Parfois, ils ont des rendez-vous ici, alors je les y accompagne.

Je ne la fréquente pas spécialement et je n’y ai pas vraiment de point d’accroche mais quand j’y viens, j’aime bien la découvrir un peu, notamment le côté nature et verdoyant, un peu à l’extérieur de la ville. Je ne voudrais pas y habiter parce qu’il y a trop de monde, moi j’aime quand c’est plus petit et plus calme.

Mon meilleur souvenir à Charleroi, c’est la patinoire parce que j’y venais avec l’école. C’était amusant même si je ne sais pas vraiment patiner et que je restais près du bord.

Par contre, les gens qui sont à la rue et qui dorment sous les cartons, ça me fait mal au cœur. Il faudrait que tous les bâtiments qui sont inoccupés soient remis à neuf pour loger ces personnes sans-abri. Utiliser le potentiel immobilier pour remobiliser ces personnes dans l’investissement d’un projet. Il faut repenser l’hébergement des familles et des personnes et enfin penser à permettre aux gens d’être hébergés avec leurs animaux, notamment les chiens.

J’avais en tête une image de Charleroi comme étant remplie d’usines, une ville grise de par les gros nuages de fumée qui sortent de leurs cheminées. Une image assez triste. Mais les coins de nature qu’on trouve aux abords de Charleroi font un joli contraste avec l’aspect plus industriel.

Dans le futur, je voudrais continuer à travailler, si possible avec passion. J’aime mon travail et c’est un aspect important dans ma vie. J’aime le contact avec les personnes hébergées, me dire que je les rencontre à un moment donné de leur vie et les accompagner vers quelque chose de mieux. Être sur leur lieu de vie aussi, ce n’est pas rien, partager leurs bons comme leurs mauvais moments.

Mon prochain challenge, c’est m’installer quelque part, soit acheter une maison ou une péniche. La péniche, c’est pour le côté zenifiant d’être sur l’eau et ça permet de se déplacer à un moment donné, si on veut changer d’environnement, d’endroit. C’est un peu comme si on pouvait déménager sa maison dans un autre cadre. Je me poserais sans doute sur le canal du Centre à Ronquières parce que c’est proche de mon travail.

Je garderais une voiture de toute façon, pour bouger autrement. Prendre l’avion aussi… Visiter plein de coins du monde, ça fait aussi partie de mes projets. Aller en Australie, voir les kangourous et les koalas ! Ou la Nouvelle-Orléans, pour écouter la musique de là-bas et visiter les vieux quartiers.”

Charlotte

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Charlotte – artiste / echte carolo / graine de la nouvelle floraison de Charleroi

« Je suis née à Charleroi : la moitié de ma famille est de Monceau-sur-Sambre. On tenait une boulangerie depuis plusieurs générations. En fait, mes parents se sont rencontrés à Ibiza. Mes quatre premières années, je les ai passées à Marchienne-au-Pont puis, quand mes parents ont divorcé, je suis allée en Flandre, car ma maman est flamande.

J’ai fait toutes mes études là-bas. Un weekend sur deux et pendant les vacances, je revenais par ici. Mes souvenirs d’enfance, c’était le marché et le parc de Monceau. J’ai toujours bien aimé l’atmosphère qui règne à Charleroi. Bien plus qu’en Flandre. Les gens sont bien plus chaleureux. Je me souviens que quand je rentrais à l’improviste chez des personnes que je connaissais, l’accueil était extraordinaire : on me proposait à manger, à boire… c’est une ouverture qu’il n’y a pas en Flandre. Là-bas, il faut téléphoner d’abord, puis sonner à porte, attendre qu’on t’ouvre. Et même avec des gens que je connaissais bien, j’avais l’impression de déranger.

Et quand je suis en Flandre, mon comportement change : je suis plus distante, plus refermée, je fais attention à ce que je dis. Ici, à Charleroi, je suis 100% moi-même, je me fous un peu de cette fameuse première impression qu’on peut donner, je suis comme ça et c’est tout !

Pendant mes études de prof d’art plastique et d’histoire dans le secondaire, je ne trouvais pas d’endroit de stage dans la région de Bruges. Je voulais travailler en immersion et j’avais déjà dans l’idée de revenir du côté francophone. J’ai failli aller à Bruxelles, pour la facilité des trajets mais finalement j’ai trouvé un stage à La Louvière. Et donc, j’ai vécu à nouveau chez mon père et il me conduisait au stage. À l’époque, j’avais une relation tumultueuse avec ma mère et ça m’a apaisée de pouvoir venir chez mon père, ça faisait du bien.

Ensuite, je suis retournée à Bruges pour mes examens finaux et j’ai réalisé que je ne voulais plus rester en Flandre et on m’a offert un poste dans l’enseignement à Charleroi, en immersion à l’école primaire du Roton. L’accueil a été très chaleureux, je ne n’avais jamais vécu ça en stage. Les élèves étaient plus difficiles et moins cadrés qu’en Flandre mais donnaient beaucoup plus d’amour et de contacts directs. Par exemple, en Flandre, faire la bise à un élève, c’est mal vu alors qu’ici, si un élève ne fait pas la bise, on se demande si on a fait quelque chose de mal. Et ça j’ai beaucoup aimé même si les premiers mois, j’avais toujours ces habitudes flamandes de distance, froideur et sévérité. Mais je remarque qu’à force de vivre ici, je deviens plus cool et plus ouverte.

Ici, il y a quand même une belle mixité dans la population. En Flandre, les groupes ou les minorités restent entre eux tandis qu’ici on peut rencontrer des gens de tous les milieux, de toutes les cultures, religions, orientations, et j’aime beaucoup, c’est super riche !

Donc j’ai commencé à enseigner puis, un an plus tard, j’achetais mon appart en centre-ville. En comparaison, la Flandre est impayable alors qu’ici, j’ai pu acheter avec le peu d’épargne que j’avais. Ici, il y a un fond, comme un bon terreau pour faire pousser ta patate ! Ça m’a plu et dans un sens, j’ai recommencé ma vie parce que j’avais quand même une vie sociale en Flandre que j’ai laissé tomber pour tout reprendre à zéro ici. Au début je me sentais seule : je ne voyais pas beaucoup de monde mais petit à petit et majoritairement grâce à l’art, j’ai rencontré des gens.

Avec mes dessins, j’ai participé à la bourse de créateurs « 6001 is the new 1060 » et de là sont nés mes premiers contacts avec des artistes comme Laurent Molet, Laurent Simon et Jérôme de « Pays Noir ». Et j’ai trouvé ces gens très abordables simplement à partir de notre petit point commun et notre goût pour l’art alternatif, ça pouvait ouvrir des portes que je n’aurais pas forcément ouvertes en Flandre. De là, j’ai pu développer ce que je faisais dans le dessin et j’ai commencé à tatouer dans un salon carolo. Ensuite j’ai quitté l’enseignement pour passer tatoueuse à temps plein et ouvrir mon salon.

Charleroi, pour moi, c’est sacré ! C’est devenu mon pied-à-terre, c’est l’endroit qui m’a permis d’évoluer, grandir et devenir qui je suis au fond. Je suis sortie de ce moule flamand « diplôme – travail – maison » et j’ai pu passer de ces normes sociales strictes au statut d’artiste émancipée, qui fait ce qu’elle aime, indépendamment de ce qu’on peut attendre d’une femme.

En Flandre, j’aurais peut-être essayé de me lancer mais je n’aurais jamais eu ce retour. J’ai l’impression que les carolos sont fiers de ce qui vient de chez eux. Dès que j’ai ouvert mon salon, j’ai eu énormément de retours qui disaient que c’était chouette que j’ouvre ici et pas ailleurs, en plus du fait que je fais du sur-mesure et des projets adaptés. Du coup, je veux encore plus rester et investir dans cette ville. J’aimerais créer une sorte de communauté autour de ce salon et je suis contente de voir que c’est ce que c’est en train de devenir : des gens passent et papotent, sans forcément se faire tatouer.

Maintenant, en rue, je croise toujours quelqu’un que je connais. En comparaison, j’ai vécu 20 ans en Flandre mais je connaissais beaucoup moins de monde. À Charleroi, si tu croises une personne une fois et que tu lui dis bonjour, elle viendra quasiment systématiquement te saluer. En Flandre, si tu rencontres quelqu’un à une soirée de famille et si tu lui parles 5-10 minutes, cette personne te niera dans la rue. C’est dommage. Là-bas, si tu dis « bonjour » à la boulangerie le matin, on te regardera bizarrement. Et puis, Charleroi, ça bouge et elle a encore ce petit truc un peu underground couplé à une niaque liée à cette gloire passée.

Les gens qui vivent à Charleroi savent que cette ville, ce n’est pas ce que tout le monde pense que c’est. Il n’y a qu’en vivant à Charleroi qu’on peut comprendre la beauté et la richesse de cette ville. Même si elle a une gloire passée – les mines et les industries qui ont fermées – même s’il y a de la pauvreté dans la ville et des bâtiments délabrés, il y a toute cette génération de jeunes qui veulent se bouger pour leur ville et qui ont envie que les choses changent. Ça se remarque dans tous les petits trucs qui commencent à sortir. Beaucoup diront que c’est grâce à Rive Gauche – et c’est vrai que ça fait revenir des gens en centre-ville – mais sans tous les petits commerçants autours qui sont aussi sur cette lancée, Rive Gauche ne serait qu’un centre commercial comme un autre. Il y a plein de nouveaux petits commerces, des petites boutiques, des trucs très cool.

Un truc qui me déplaît, par contre, c’est le harcèlement de rue. Ça m’exaspère en tant que fille.  Je ne me suis jamais fait agresser. Des gens me disent que je suis folle parce que je me ballade partout, à n’importe quelle heure, dans n’importe quelle tenue. Je n’ai jamais été attrapée mais le harcèlement de rue est très puissant ici. Et c’est stressant en tant que gonzesse. Tu te poses la question de savoir si c’est ta faute parce que tu as mis une jupe ou que tu aurais mieux fait de mettre des chaussures plates parce que tu vas peut-être devoir courir. Du coup, tu évites certains trajets alors que ce serait vraiment chouette que tu puisses, en tant que femme, être à l’aise dans ta ville. Après, même quand je me ballade en training, mal maquillée et avec la gueule ravagée, je me fais quand même siffler… Peu importe tes cheveux, ton apparence, il y a toujours certaines catégories de mecs qui te trouvent bien un truc qui leur donne envie de t’appeler.

Ce qui pourrait faire sortir de cette situation, c’est vraiment l’éducation des hommes. D’abord via les parents qui doivent inculquer à leurs fils qu’il faut respecter tout le temps la dignité des femmes, qu’elles portent n’importe quelles fringues ou aient n’importe quel comportement, qu’elles aient bu ou pas, qu’elles fument ou pas. Cheveux roses ou crâne rasé, ça reste des personnes. La femme n’est pas un objet que tu appelles comme un chien.

Avec une amie, j’étais dans un parc et un mec nous a appelées comme on fait avec un chien. Moi, je nie mais elle s’est retournée et est allée vers lui en lui disant : « Tu sais que je ne suis pas un chien ? » et le mec a été saisi parce qu’il avait sans doute l’habitude que les filles le remballent et qu’elles avancent et il lui a répondu : « Pardon, je sais que tu n’es pas un chien mais je te trouve jolie » mais du coup elle a continué : « Oui mais pourquoi tu ne me dis pas ‘Bonjour mademoiselle, jolie robe, passez une bonne journée’, c’est mieux et les filles vont plus apprécier ». Alors le mec l’a vraiment regardée. Il aurait pu devenir agressif ou désagréable mais en fait, il lui a dit qu’il n’avait jamais pensé à ça. En plus, c’était un beau garçon, bien habillé et tout mais son comportement ne donnait vraiment pas envie de lui parler. À l’avenir, s’il aborde une fille correctement et surtout s’il respecte si elle dit oui ou non, il aura sans doute plus de chance. Mais sinon, siffler, klaxonner ou courir après une fille, ce n’est vraiment pas agréable. C’est de l’éducation ou bien du machisme et c’est aussi localisé dans certaines zones précises de la ville.

Et alors, un autre truc qui m’énerve à Charleroi, c’est le manque de poubelles. Où sont-elles ? Il n’y en pas ! Et aucun stationnement de vélo ! Ils installent des passages pour cyclistes mais pas de stationnement. Venant de Flandre, je me suis toujours déplacée à vélo mais ici, je n’en ai pas parce que je ne saurais pas où le mettre. Si je mets un simple verrou, on va me le piquer à coup sûr. J’ai même pensé écrire à l’échevine. Il faudrait aussi sensibiliser les automobilistes à l’utilisation des rétroviseurs.

Actuellement, je me bats avec les banques pour un prêt hypothécaire. Malheureusement, en tant que Starter indépendante et que je n’ai pas 40.000€ en banque, c’est difficile d’obtenir ce prêt même avec une capacité de remboursement. J’avais envie d’acheter un beau bâtiment rénové style art-déco rue de Marcinelle pour en faire un lieu artistique vu que cette rue est profilée comme telle. J’aurais voulu y vivre à l’étage en mettant mon appart en location et donc agrandir le salon pour faire venir plus de guests. Je fais souvent venir des guests. Des français, une chilienne bientôt. D’ailleurs quand ils viennent j’aime leur montrer la ville pour casser les idées qu’ils s’en font.

Ça me tenait à cœur de m’installer à Charleroi et pas dans une ville où tout était fait. J’avais envie d’être là dès le début de la nouvelle floraison de Charleroi. Je voulais être là et que les gens disent : « Arcana, c’est à Charleroi ». Et si la banque refuse le prêt, je développerai ça où je suis, avec mes moyens. Je voudrais que les gens ne viennent pas seulement pour se faire tatouer mais bien pouvoir organiser des événements culturels. Je fais souvent des « Flashdays ». Avec la Mycose Galerie, on a fait un événement pour l’anniversaire du salon, on a fait venir des musiciens. Je voudrais aménager un coin « créateurs » dans le salon, même pour ceux qui ne sont pas dans une optique commerciale. De la diversité, des expos, mettre en avant les talents carolos, … c’est pour ça que je cherche un lieu un peu plus grand.

Et aussi dans une optique de permettre à ceux qui ne sont pas de Charleroi de passer le pas et de découvrir. Quand j’ai dit que j’allais vivre à Charleroi, on m’a renvoyé que c’est le Detroit de l’Europe. On m’avait promis des agressions à chaque coin de rue alors que ce n’est vraiment pas ça mais bien une ville remplie d’amour. J’adore Charleroi, je n’en partirais pas sauf pour aller à l’autre bout du monde pour le climat. »

Martin

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Martin – carolo d’adoption / globe-trotter / électricien catalan

Le tout premier lien que j’ai eu avec Charleroi, plus jeune, c’était avec ma mère qui bossait ici dans le social. Je suis moi-même devenu travailleur social. Et donc, ma mère m’a fait découvrir Charleroi, bien avant les rénovations et j’en gardais un souvenir assez lugubre. À l’époque, ce n’était pas du tout une ville accueillante.

Et ce qui m’a rattaché à cette ville plusieurs années plus tard — alors que j’y étais revenu avec plein d’a priori — c’est le travail social. Je bossais avec des jeunes en décrochage scolaire. J’ai découvert plein de gens, plein de personnalités différentes, même au-delà de mon cadre de travail et c’était vraiment cool. Grâce au boulot, je suis allé à la rencontre de plein d’institutions sociales mais également des institutions culturelles. Ça m’a vraiment ouvert les yeux. Avant ça, comme beaucoup de gens qui ne sont pas de Charleroi, je ne connaissais que le Rockerill. À une période de ma vie, j’étais dans la musique, dans la création d’événements et le Rockerill tournait déjà vachement bien à l’époque.

C’était tout ce que je connaissais avant d’y travailler : le Rockerill et des souvenirs d’enfant qui n’étaient pas des plus roses. Maintenant, je la vis surtout au travers de la culture. Pour moi, c’est peut-être la ville wallonne la plus dynamique culturellement. Plus jeune, je bougeais partout, pour clubber ou pour visiter des endroits culturels et j’ai une bonne vision d’ensemble, je pense. Maintenant quand je viens au ciné ou voir une expo — le théâtre c’est pas trop mon truc — c’est ici que ça se passe ! C’est géré par des gens qui veulent faire découvrir des choses au public. Avant, j’allais à Mons pour me rendre au ciné mais depuis que le Quai10 a ouvert, je viens ici au moins deux fois par mois et c’est même cool d’y boire un verre.

Même la facette extérieure de Charleroi — plus sombre, plus industrielle, même si ça parait stéréotypé de parler de ça — ça me rapproche fort de mes passions. Dans une comparaison assez vaste ou maladroite, on pourrait comparer certains coins de Charleroi à certains quartiers de Berlin. Ces vieux métros, les graffitis partout sur les murs… ce métro fantôme… tout ça me fait penser à plein de villes ultra dynamiques. Il n’y a rien de plus dynamique d’un point de vue culturel que Berlin et Charleroi vit un peu une ascension culturelle. Il y en a pour tous les goûts : des trucs plus bobos comme le Quartier d’Été, dans le parc où on se trouve aujourd’hui, comme des trucs beaucoup plus alternatifs. C’est cool parce que cette ville peut faire bander tout le monde au final !

Je sais que des agences de voyage flamandes organisaient des tours pour faire découvrir Charleroi, sous un regard péjoratif, mais franchement, là, ils peuvent venir ! C’est une énorme fierté cette façon de rebondir d’un choc industriel à ce que la ville devient maintenant. Ici, au parc du Lucky Luke, l’endroit est connu pour les choses négatives qui s’y passent mais moi, avec le boulot, on y a fait plein d’animations et on y a rencontré plein de gens et c’est très excitant. J’aime ce mode de communication carolo où les choses ne sont pas guindées. C’est ce qui m’excite le plus dans cette ville.

On dit souvent que Charleroi doit redorer son image mais moi je ne pense pas. Charleroi, soit tu adhères, soit tu restes avec tes a priori. Il ne faut pas être con mais oser ouvrir son esprit. C’est comme dans tout dans la vie, si on s’ouvre l’esprit, on découvre et si on fait ça à Charleroi, on est servi ! On m’en avait dit du négatif mais via mon boulot et les bons moments que j’y ai passés, je ne la quitterai plus vraiment. J’ai développé un sentiment d’appartenance et je suis très fier de dire qu’à Charleroi, il se passe plein de trucs et je colporte ça à l’extérieur.

Liège a connu son petit boom à l’époque mais là j’ai l’impression que c’est à l’arrêt notamment concernant les soirées de musique électronique. La Caserne Fonck bougeait pas mal mais là c’est en standby. Par contre, je ne pense pas que Charleroi vivra ce ralentissement culturel parce qu’il y a constamment des trucs qui s’ouvrent et de nouveaux projets qui se mettent en place.

Je ne résonne pas vraiment en termes de défis personnels. Ici, j’ai un truc super concret qui approche : je vais partir travailler dans l’électricité, alors que je ne suis pas du tout formé à ça, à une heure et demie de Barcelone. J’ai aussi fait ma demande pour aller vivre au Canada via un PVT. J’ai envie d’y apprendre la culture locale. J’ai des antécédents de voyage mais j’ai envie de m’intégrer dans un système de boulot plutôt que de barouder constamment.

Après… des projets… c’est compliqué. Je sais que ce n’est pas bien vu de le citer mais comme le dit Dieudonné : “Quand on me demande quels sont mes projets, je réponds : Et toi, c’est quoi tes projets, connasse ?” Moi, je suis plus du genre à sauter sur ce qu’on m’offre et ne pas vraiment anticiper ce qu’il se passera dans trois ans dans ma vie. L’Espagne, c’est un gars qui m’a dit : “Tu serais chaud de bosser trois mois avec moi?”. Là je travaille pas donc j’ai dit : “Ok, c’est quel domaine ?” Peut-être que je vais détester mais je m’en fous, c’est juste pour trois mois. Et puis, détester des choses c’est s’ouvrir à d’autres choses, gérer ses émotions et apprendre à se connaître en fait.

Charleroi transmet un peu ce truc là d’ailleurs : c’est super éclectique, on y rencontre plein de gens. Elle a mauvaise presse, on stigmatise une bonne partie de la population qui y habite mais je n’ai jamais eu aucun souci ici. Bon, je ne me ballade pas à 3h du mat’ dans les endroits les plus chauds mais je n’y ai toujours rencontré que des gens chouettes et avec qui on pouvait échanger. Et ça, ça se fait de moins en moins dans les grandes villes ou les villes où le rythme est ultra soutenu. C’est super rare, par exemple, de parler à quelqu’un dans le métro à Bruxelles — le rythme est plus effréné, un peu comme à Londres — mais à Charleroi, le rythme est plus lent. Et si je pouvais revenir à Charleroi pour bosser, ça me plairait beaucoup. En tant que travailleur social, il y a quand même une certaine reconnaissance ici : la demande est assez forte, il y a des moyens financiers même s’ils ne sont pas suffisants et les travailleurs sociaux collaborent bien, échangent sur leurs pratiques et sur ce qu’ils vivent au quotidien. Et ça, ce n’est pas le cas partout.

Jérôme

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Jérôme – vidéaste / photographe / no career plan

“Je suis né à Charleroi et j’y suis depuis toujours.

Je n’ai jamais pensé à partir. Si je devais le faire, ce serait pour l’étranger, pour une envie de tout autre chose ou de soleil. Sinon, en Belgique, aucune autre ville ne me tente. Je ne vois pas pourquoi je partirais ailleurs. Peut-être que je me plairais bien à Anvers, si je parlais néerlandais et si la politique anversoise était différente. Quand j’y vais, je m’y sens bien et culturellement parlant c’est vraiment pas mal ! Mais la politique n’est vraiment pas terrible… et je devrais apprendre une nouvelle langue donc ça me semble compliqué.

Un jour, avec un collègue, on s’est dit que Charleroi, c’est comme une vieille tante lointaine, que tu aimes parce que c’est ta famille mais tu te sens un peu obligé d’aller la voir. Charleroi c’est vraiment ça : tu l’aimes mais tu ne sais pas pourquoi. Pour le moment c’est un peu plus cool qu’avant. Mais c’est comme ça, on ne choisit pas pourquoi on aime les gens. Et Charleroi, pour moi, c’est un peu ça. J’aime aussi ses mauvais côtés. Un peu comme quand un ami fait de grosses conneries : tu l’aimes malgré tout, quoi !

J’ai des souvenirs partout dans la ville. Adolescent, c’était les Beaux-Arts. J’y prenais le bus, jusqu’à mes 26 ou 27 ans. Quand j’étais gamin, on n’avait pas de bagnole et donc j’ai toujours pris le bus. Les transports en commun, ça c’est vraiment un truc que j’ai connu. J’ai pris tous les bus ! Sinon, j’ai toujours aimé le centre-ville et la ville-basse, la rue de la Montagne… depuis que je suis petit, j’y vais et toujours maintenant. J’ai longtemps vécu à Ransart, maintenant je suis à Mont-sur-Marchienne et je m’y sens bien. Toujours dans le Grand Charleroi.

La ville a bougé, c’est sûr. Quand j’avais 13-14 ans, j’avais vraiment l’impression qu’il n’y avait rien, à part le sport qui était mis en avant. Je faisais du basket et c’était la grande époque des Spirous qui étaient très forts… Jean-Michel Saive était encore là… Charleroi était connue pour le sport. Sinon, les années 90 et 2000, c’était mort de chez mort ! Il n’y avait juste rien à faire du tout. Puis, petit à petit ça a évolué et maintenant on peut dire que c’est mieux même si il reste du taf.

Moi, je vois surtout l’aspect culturel parce que c’est dans ça que je bosse mais quand j’étais ado, je n’ai pas le souvenir de grand chose : il n’y avait rien.

Ce qu’il manque selon moi, ce sont des écoles supérieures dans le centre-ville : une unif, des hautes-écoles, comme l’IPSMA, mais en centre-ville. Un truc qui ferait que la fuite des cerveaux ne s’opère pas. Beaucoup reviennent mais beaucoup se sont cassés faire leurs études à Bruxelles, Namur, et puis ne sont jamais revenus. Du coup, pour la mixité de la population, ce n’est pas le top.

Être carolo, c’est une fierté mais si j’avais été bruxellois, j’aurais été fier d’être bruxellois. Mais je me revendique carolo à fond même si je ne sais pas pourquoi. C’est comme une sorte de lien du sang. Tu l’aimes parce que c’est comme ça mais je ne dirai jamais que Charleroi c’est la ville la plus cool du monde, ce n’est pas vrai… Mais c’est ma ville et il faut faire avec. Après, si je peux y faire des choses positives pour la rendre plus cool, c’est bien mais je ne voudrais pas en faire la ville la plus cool ou la plus hype comme on l’entend beaucoup en ce moment. Charleroi, “le nouveau Berlin”, c’est n’importe quoi… Mais j’aime Charleroi, je me revendique carolo et je suis un grand supporter du Sporting !

Dans l’immédiat, je voudrais continuer à bosser pour Full TV et l’Atelier/M où je travaille au quotidien. Pour le reste, je ne sais pas trop vers quoi je vais… Je voudrais continuer à faire de la vidéo, des clips pour un artiste ou l’autre. “Pays Noir”, les t-shirts, ça continue mais je le fais vraiment quand je le sens. Je ne veux pas sortir des trucs pour sortir des trucs ou vendre des t-shirts, je m’en fous. Je suis dans l’attente d’une idée que je trouve sympa et que ça fasse plaisir aux gens et à moi aussi. Aucun plan de carrière, rien de précis. Juste faire de l’image.”

Silvio

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Silvio – sportingman dans l’âme

Je suis né à Charleroi et j’ai grandi à Jumet, près du grand Charleroi. J’y ai fait mes études et mes premières sorties. Quand on était petits, on parlait souvent du Sporting, c’est quelque chose qui fait partie de tous les carolos je crois, le Sporting de Charleroi. Le Sporting, c’est mes premiers rêves d’enfant : comme tous les petits footballeurs, je voulais jouer au Sporting. Même à l’époque, on la voyait vraiment comme une grande équipe. J’ai gardé cet attachement, surtout avec ce qu’il se passe ces dernières années, il y a vraiment un renouveau dans l’équipe et je suis toujours aussi… carolo et sportingman dans l’âme ! Aujourd’hui, je suis fier de ma région, de ma ville de Charleroi et aussi d’y travailler.

La ville a changé. C’est un immense changement, d’ailleurs. J’ai habité Charleroi jusqu’à mes 31 ans, après je suis parti avec ma femme à Chapelle-lez-Herlaimont. Ça faisait au moins deux ans que je n’avais plus vu Charleroi. J’y suis retourné il n’y a pas longtemps quand ils ont créé Rive Gauche et c’est un beau changement, franchement c’est vraiment une belle chose. Pour ce qui est du culturel, je suis un peu moins au courant.

J’ai vu qu’ils faisaient des animations, prévues pour les citoyens, des petites soirées, notamment dans le parc Lucky Luke, le quartier d’été. Il y a aussi de chouettes animations, même pendant l’hiver sur l’autre place, la place de la Digue, ils installent une patinoire. Il y a beaucoup de choses qui bougent à Charleroi. Notamment, ils essaient de diminuer l’insécurité à Charleroi et ce sont des choses chouettes à entendre.

Cela dit, l’insécurité c’est plus une opinion, j’ai l’impression que les petits bobos qu’il y a à Charleroi ce sont les mêmes que ceux qu’il y a ailleurs et malheureusement on a pris certains bobos et on a accentué la douleur de Charleroi là-dessus.

Moi qui ai passé ma jeunesse à Charleroi et j’ai eu la chance de ne m’être jamais fait agresser mais j’aurais très bien pu me faire agresser à Bruxelles et dire que Bruxelles est une ville de tarés mais non, ce sont juste des personnes qui sont là au mauvais moment, pas forcément au mauvais endroit mais au mauvais moment. Franchement, à Charleroi je me sentais tranquille, même quand j’allais dans les quartiers chauds, à la ville basse, quand j’allais boire un verre le jeudi à l’Irish Pub — c’est l’un des rendez-vous carolos — ou le vendredi soir au Nautilus mais je ne me suis jamais senti en insécurité. J’allais parfois de l’un à l’autre à pied, pourtant ce n’est pas tout près, mais je ne me suis jamais senti en insécurité. On fait attention le soir à Charleroi comme on ferait attention partout ailleurs.

Mon prochain défi c’est d’arrêter de fumer. J’ai commencé à fumer il n’y a pas longtemps, il y a deux ans. Avant je faisais de la boxe à Farciennes. D’ailleurs mon entraîneur a fait partie de la sélection des mérites sportifs de Charleroi. Maintenant, je suis papa d’un petit garçon et d’une petite fille donc il faut que je m’occupe des enfants. Quand ils seront plus grands, j’y retournerai.

J’aurais aimé qu’à Charleroi ça soit un peu plus animé. Déjà maintenant ils font l’effort et ça le devient de plus en plus car ils ont créé le Nirvana Bar à coté de l’Irish Pub, parfois des sorties au Nautilus mais en ville haute, c’est encore assez vieux. Bon, maintenant, il faut laisser le temps à Charleroi de se développer.

Il y a des moments assez inoubliables dans la vie d’un carolo : à chaque fois qu’il y a des coupes du monde ou coupes d’Europe. La place des Beaux-Arts devient le lieu de rassemblement de tous les carolos, à chaque fois qu’il y a une fête sportive, que ce soit la Belgique qui joue, le Maroc, l’Italie, la Turquie, dès qu’il y a une compétition c’est là-bas qu’on va faire la fête. C’est là-bas que tous les gens se réunissent. Je me rappelle , quand on a fait l’Euro 2000 ici en Belgique, on était gamins et la Belgique jouait justement et moi j’étais un peu mitigé entre l’Italie et la Belgique, et une fois que l’Italie gagnait je faisais la fête avec l’Italie et quand la Belgique gagnait je faisais la fête pour la Belgique. Et toujours à Charleroi, on n’allait pas ailleurs ! Ce n’est pas que l’on se disait : « Ah un italien, on va aller plus sur la Louvière parce qu’il y a des italiens », non, non, on allait tous à Charleroi et on faisait la fête à Charleroi, pas à Bruxelles, pas à Namur, on allait à Charleroi faire la fête !

À Charleroi, tout le monde se connaît. C’est comme cette phrase qui dit : « le monde est petit ». Hé bien, à Charleroi le monde est très petit. C’est un vraiment un lieu de rendez-vous.

Avant, je ne comprenais pas pourquoi on l’appelait le Pays Noir. Quand tu es gamin, tu entends parler du Pays Noir. Quand on dit Charleroi, on dit Pays Noir parce qu’on pense métallurgie, charbonnages, et quand on voit tout ça on se dit, ce n’est pas si beau que ça, les usines sont sombres. Mais les gens à Charleroi ont une certaine gaieté, je ne sais pas comment l’expliquer c’est un peu familial, tu vois, quand on se parle. On est à une terrasse, il n’y a pas forcément de sales regards, on se tutoie vite et les gens de Charleroi sont des gens chaleureux, sympathiques, avec leur petit accent carolo, on les reconnaît de loin.

Je suis fier quand on me demande si je suis Charleroi. Je suis fier d’être carolo, très fier. Quand j’étais à l’école à la Garenne, où j’ai fait mes études en sport étude, on ne se disputait toujours avec les internes qui n’étaient pas toujours de Charleroi. Nous on supportait l’équipe de Charleroi donc les petites disputes liées au football, ça n’arrêtait pas.

J’y ai passé les plus belles années de ma jeunesse scolaire et je regrette de ne pas m’être inscrit plus tôt à la Garenne. Prendre le bus le matin pour me rendre à l’école c’était toujours gai car il y avait toujours de chouettes ambiances, des points de facilités, trains, métro, bus, déjà rien que ça c’est déjà pas mal pour aider les gens.

La seule chose qui me touche un peu quand je vais à Charleroi c’est quand je vois les SDF. Ça fait mal au cœur. Je ne dis pas qu’il faut les mettre de côté, ni qu’il faut être un bon samaritain pour les aider mais c’est quelque chose qui me touche. Quand on est un habitué on arrive à un endroit et on les reconnaît. Parfois, on passe à certains endroits et on se dit : « Ah ben tiens, il n’est pas là ». Pourtant je ne le connais pas mais je le vois. Ville basse, près de la nouvelle place, il y a un pont. Il y avait souvent le même SDF qui était là et ça arrivait que je donne 10 francs ou 20 francs, ça dépendait de se que j’avais dans la poche. Je ne donnais pas tout le temps — peut-être 2 fois sur 10 — mais à chaque fois je passais et je regardais s’il était là. Quand j’étais jeune mais encore maintenant… encore maintenant.

Gash

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Gash – pur produit de la mixité carolo / rappeur / beatmaker / super father

“Je suis né ici et ça a créé une attache naturelle avec Charleroi. Puis j’y ai grandi et j’y ai fait mes études également.

Je suis un pur produit d’une mixité carolo. Mon père est italien et mon grand-père a travaillé dans les mines de charbon des environs, du côté de Tamines, je crois. Mais finalement il a acheté une maison à Charleroi. Ma mère, elle, a grandi en France mais a fini également par arriver ici, avec ses soeurs à l’époque, pour faire sa vie ici. Charleroi a attiré pas mal de personnes , voire a “appelé” beaucoup de gens sur son territoire. Ça a contribué à créer cette mixité.

Ma famille est ici et je n’ai jamais vraiment pensé à aller vivre ailleurs. Ma femme est comme ça également. On aurait pu aller rejoindre mon cousin en Australie, ça marche bien pour lui là-bas mais en en discutant, je ne me voyais pas partir. Même d’autres villes belges, ça ne me tente pas. À moins bien sûr de gagner à la loterie, partir ça ne m’intéresse pas.

Le prix de la vie est correct, les gens sont chaleureux quand on les connaît. J’aime cette mixité de personnes et la proximité des choses. Charleroi n’est rien d’autre qu’un grand village : tout le monde se connaît et en tout cas, tu connais toujours quelqu’un qui connaît quelqu’un. Et à partir de là, tu crées un réseau. Et ça c’est très attrayant.

Quand j’allais visiter Bruxelles, ou d’autres grandes villes, je ne me sentais pas en insécurité mais quand même devant de l’inconnu. Tandis qu’ici, quand tu te balades, tu tombes toujours sur quelqu’un qui connaît quelqu’un.

Par contre, j’aime moins le climat économique et le marché de l’emploi par ici. Niveau boulot, j’ai eu du mal à creuser mon trou et j’espère pouvoir m’y accrocher d’autant que ma situation est toujours précaire. C’est chaud vis-à-vis de tout ça. C’est ce qui pousse certains à partir. J’ai pas connu beaucoup de gens qui ont bougé de Charleroi à cause de la ville ou de son climat mais j’ai connu beaucoup de gens qui sont partis parce qu’ils ne voulaient pas se retrouver à la rue ou dépendant de l’aide sociale ou devoir accepter n’importe quel boulot en fonction du secteur en pénurie du moment.

Ironiquement, c’est marrant. L’exemple “chouette” qui me vient en tête ça s’est passé en 2010. On m’appelle et on me dit : “Votre avenir est dans le call-center !”. Peut-être que c’était pareil partout en Belgique. Bref, plein de boîtes du genre ouvraient. Et 5 ans plus tard, tous ces call-centers fermaient. Ça a été la même chose, en moins rapproché, avec les mines et les usines.

Caterpillar… Cette entreprise a même eu un boulevard en son honneur à Gosselies, “Avenue des États-Unis”, une entreprise qui devait être pérenne et qui symbolisait beaucoup : les autres usines fermaient et eux étaient là. Et puis c’est symbolique : un bulldozer peut détruire et construire. Construire des choses qui resteront — c’est une belle image — puis on retire ça de Charleroi, quoi. Et ça c’est beau, ironiquement.

À côté de ça, on érige un centre commercial qui, certes, crée des emplois mais en détruit d’autres car des magasins et d’autres centres commerciaux ferment. Charleroi, c’est un peu spécial pour ça. Les politiciens ne misent pas toujours sur les bonnes choses. Par exemple, ici, on est sur un lieu d’urbex et pour moi, l’art est quelque chose sur lequel on devrait miser. Quand les gens sont dans la détresse, ils peuvent créer des choses magnifiques. La fresque en face de nous représente un visage un peu déstructuré. Ce sont des jeunes qui ont fait ça, des jeunes d’ici.

À Montignies-sur-Sambre, il n’y a pas de Maison de Jeunes et les jeunes sont totalement livrés à eux-mêmes quand ils sortent le soir. Rien n’est fait pour les mobiliser, les structurer, leur fournir une aide ou une direction dans laquelle aller. Il n’y a peut-être pas de locaux adéquats ou de citoyens prêts à se bouger pour ça. Il y avait un local à 500 mètres d’ici qui aurait pu convenir mais la ville a préféré le laisser pourrir pour sans doute pouvoir le démolir plus tard. Et puis, on est dans une époque qui dit: “chacun chez soi”. Pour les gens d’ici, c’est souvent dur de boucler le mois et donc, s’investir dans quelque chose d’aussi fortement impliquant qu’une Maison de Jeunes, ce n’est pas toujours possible sans compter que ce n’est pas sans risque de devenir administrateur d’une MJ.

Je passe souvent ici avec mon chien, le long de la route du moins. Depuis que je suis tout petit, je suis attiré par les graffitis. Vers 16-17 ans, j’habitais route de Châtelet, à Couillet et on voyait les trains passer. Le dépôt n’était pas loin et des graffeurs allaient y faire des faits de vandalisme dont on voyait les résultats sur l’extérieur des trains. Le matin, les graffitis étaient frais et la peinture était magnifique. L’art urbain m’a toujours attiré. Et comme je suis rappeur, tout ça est intrinsèquement lié au mouvement hip hop auquel j’étais également lié de par le partage que ça entraînait. Le partage, ça a été important dans ma vie d’adolescent.

Il y a beaucoup de Charleroi dans ce que je fais en tant qu’artiste. Notamment dans un morceau qui a fait parler de lui en 2012 (”Charlyking” – ndla). Mes pairs trouvaient en tout cas que c’était un bel hymne de Charleroi. Chaque artiste finit de toute façon par décrire son milieu, c’est même un réflexe humain. C’est venu spontanément… Charleroi, les habitudes de chacun… J’avais un point de vue spécial car quand je me levais le matin, je voyais Couillet qui plongeait sur Charleroi en quelque sorte et c’était magnifique. J’écrivais beaucoup en regardant ce point de vue.

Et puis, malgré tout ce qu’on dit d’elle, souvent en négatif, moi je pense que cette ville a de l’avenir. Un proverbe dit qu’on ne peut pas creuser plus bas que sol. Bon, nous on a trouvé le moyen de creuser un peu plus bas encore mais on arrive au bout, je pense. Les gens trouveront leurs solutions eux-mêmes. Une belle image c’est celle d’un artiste carolo qui évolue sur Bruxelles — JeanJass — qui glisse souvent un petit “Charleroi” ou “Charlouze” dans ce qu’il fait. Et si l’auditeur est un peu curieux, il s’intéressera à cet autre Charleroi, parce que JeanJass n’en parle pas qu’en négatif.

En tant qu’artiste, j’ai envie de continuer à partager ce que je fais. Je compose, j’écris et je travaille avec des gens du coin. Et ça c’est une vraie volonté, cet ancrage local. En plus, j’ai un peu de mal avec l’éloignement géographique et j’ai besoin de discuter avec mes collaborateurs, de partager des choses. Le contact direct est essentiel. Pour le reste, je n’ai qu’une seule envie : construire au mieux l’avenir de ma fille.”

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