Jérôme

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Jérôme – vidéaste / photographe / no career plan

“Je suis né à Charleroi et j’y suis depuis toujours.

Je n’ai jamais pensé à partir. Si je devais le faire, ce serait pour l’étranger, pour une envie de tout autre chose ou de soleil. Sinon, en Belgique, aucune autre ville ne me tente. Je ne vois pas pourquoi je partirais ailleurs. Peut-être que je me plairais bien à Anvers, si je parlais néerlandais et si la politique anversoise était différente. Quand j’y vais, je m’y sens bien et culturellement parlant c’est vraiment pas mal ! Mais la politique n’est vraiment pas terrible… et je devrais apprendre une nouvelle langue donc ça me semble compliqué.

Un jour, avec un collègue, on s’est dit que Charleroi, c’est comme une vieille tante lointaine, que tu aimes parce que c’est ta famille mais tu te sens un peu obligé d’aller la voir. Charleroi c’est vraiment ça : tu l’aimes mais tu ne sais pas pourquoi. Pour le moment c’est un peu plus cool qu’avant. Mais c’est comme ça, on ne choisit pas pourquoi on aime les gens. Et Charleroi, pour moi, c’est un peu ça. J’aime aussi ses mauvais côtés. Un peu comme quand un ami fait de grosses conneries : tu l’aimes malgré tout, quoi !

J’ai des souvenirs partout dans la ville. Adolescent, c’était les Beaux-Arts. J’y prenais le bus, jusqu’à mes 26 ou 27 ans. Quand j’étais gamin, on n’avait pas de bagnole et donc j’ai toujours pris le bus. Les transports en commun, ça c’est vraiment un truc que j’ai connu. J’ai pris tous les bus ! Sinon, j’ai toujours aimé le centre-ville et la ville-basse, la rue de la Montagne… depuis que je suis petit, j’y vais et toujours maintenant. J’ai longtemps vécu à Ransart, maintenant je suis à Mont-sur-Marchienne et je m’y sens bien. Toujours dans le Grand Charleroi.

La ville a bougé, c’est sûr. Quand j’avais 13-14 ans, j’avais vraiment l’impression qu’il n’y avait rien, à part le sport qui était mis en avant. Je faisais du basket et c’était la grande époque des Spirous qui étaient très forts… Jean-Michel Saive était encore là… Charleroi était connue pour le sport. Sinon, les années 90 et 2000, c’était mort de chez mort ! Il n’y avait juste rien à faire du tout. Puis, petit à petit ça a évolué et maintenant on peut dire que c’est mieux même si il reste du taf.

Moi, je vois surtout l’aspect culturel parce que c’est dans ça que je bosse mais quand j’étais ado, je n’ai pas le souvenir de grand chose : il n’y avait rien.

Ce qu’il manque selon moi, ce sont des écoles supérieures dans le centre-ville : une unif, des hautes-écoles, comme l’IPSMA, mais en centre-ville. Un truc qui ferait que la fuite des cerveaux ne s’opère pas. Beaucoup reviennent mais beaucoup se sont cassés faire leurs études à Bruxelles, Namur, et puis ne sont jamais revenus. Du coup, pour la mixité de la population, ce n’est pas le top.

Être carolo, c’est une fierté mais si j’avais été bruxellois, j’aurais été fier d’être bruxellois. Mais je me revendique carolo à fond même si je ne sais pas pourquoi. C’est comme une sorte de lien du sang. Tu l’aimes parce que c’est comme ça mais je ne dirai jamais que Charleroi c’est la ville la plus cool du monde, ce n’est pas vrai… Mais c’est ma ville et il faut faire avec. Après, si je peux y faire des choses positives pour la rendre plus cool, c’est bien mais je ne voudrais pas en faire la ville la plus cool ou la plus hype comme on l’entend beaucoup en ce moment. Charleroi, “le nouveau Berlin”, c’est n’importe quoi… Mais j’aime Charleroi, je me revendique carolo et je suis un grand supporter du Sporting !

Dans l’immédiat, je voudrais continuer à bosser pour Full TV et l’Atelier/M où je travaille au quotidien. Pour le reste, je ne sais pas trop vers quoi je vais… Je voudrais continuer à faire de la vidéo, des clips pour un artiste ou l’autre. “Pays Noir”, les t-shirts, ça continue mais je le fais vraiment quand je le sens. Je ne veux pas sortir des trucs pour sortir des trucs ou vendre des t-shirts, je m’en fous. Je suis dans l’attente d’une idée que je trouve sympa et que ça fasse plaisir aux gens et à moi aussi. Aucun plan de carrière, rien de précis. Juste faire de l’image.”

Silvio

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Silvio – sportingman dans l’âme

Je suis né à Charleroi et j’ai grandi à Jumet, près du grand Charleroi. J’y ai fait mes études et mes premières sorties. Quand on était petits, on parlait souvent du Sporting, c’est quelque chose qui fait partie de tous les carolos je crois, le Sporting de Charleroi. Le Sporting, c’est mes premiers rêves d’enfant : comme tous les petits footballeurs, je voulais jouer au Sporting. Même à l’époque, on la voyait vraiment comme une grande équipe. J’ai gardé cet attachement, surtout avec ce qu’il se passe ces dernières années, il y a vraiment un renouveau dans l’équipe et je suis toujours aussi… carolo et sportingman dans l’âme ! Aujourd’hui, je suis fier de ma région, de ma ville de Charleroi et aussi d’y travailler.

La ville a changé. C’est un immense changement, d’ailleurs. J’ai habité Charleroi jusqu’à mes 31 ans, après je suis parti avec ma femme à Chapelle-lez-Herlaimont. Ça faisait au moins deux ans que je n’avais plus vu Charleroi. J’y suis retourné il n’y a pas longtemps quand ils ont créé Rive Gauche et c’est un beau changement, franchement c’est vraiment une belle chose. Pour ce qui est du culturel, je suis un peu moins au courant.

J’ai vu qu’ils faisaient des animations, prévues pour les citoyens, des petites soirées, notamment dans le parc Lucky Luke, le quartier d’été. Il y a aussi de chouettes animations, même pendant l’hiver sur l’autre place, la place de la Digue, ils installent une patinoire. Il y a beaucoup de choses qui bougent à Charleroi. Notamment, ils essaient de diminuer l’insécurité à Charleroi et ce sont des choses chouettes à entendre.

Cela dit, l’insécurité c’est plus une opinion, j’ai l’impression que les petits bobos qu’il y a à Charleroi ce sont les mêmes que ceux qu’il y a ailleurs et malheureusement on a pris certains bobos et on a accentué la douleur de Charleroi là-dessus.

Moi qui ai passé ma jeunesse à Charleroi et j’ai eu la chance de ne m’être jamais fait agresser mais j’aurais très bien pu me faire agresser à Bruxelles et dire que Bruxelles est une ville de tarés mais non, ce sont juste des personnes qui sont là au mauvais moment, pas forcément au mauvais endroit mais au mauvais moment. Franchement, à Charleroi je me sentais tranquille, même quand j’allais dans les quartiers chauds, à la ville basse, quand j’allais boire un verre le jeudi à l’Irish Pub — c’est l’un des rendez-vous carolos — ou le vendredi soir au Nautilus mais je ne me suis jamais senti en insécurité. J’allais parfois de l’un à l’autre à pied, pourtant ce n’est pas tout près, mais je ne me suis jamais senti en insécurité. On fait attention le soir à Charleroi comme on ferait attention partout ailleurs.

Mon prochain défi c’est d’arrêter de fumer. J’ai commencé à fumer il n’y a pas longtemps, il y a deux ans. Avant je faisais de la boxe à Farciennes. D’ailleurs mon entraîneur a fait partie de la sélection des mérites sportifs de Charleroi. Maintenant, je suis papa d’un petit garçon et d’une petite fille donc il faut que je m’occupe des enfants. Quand ils seront plus grands, j’y retournerai.

J’aurais aimé qu’à Charleroi ça soit un peu plus animé. Déjà maintenant ils font l’effort et ça le devient de plus en plus car ils ont créé le Nirvana Bar à coté de l’Irish Pub, parfois des sorties au Nautilus mais en ville haute, c’est encore assez vieux. Bon, maintenant, il faut laisser le temps à Charleroi de se développer.

Il y a des moments assez inoubliables dans la vie d’un carolo : à chaque fois qu’il y a des coupes du monde ou coupes d’Europe. La place des Beaux-Arts devient le lieu de rassemblement de tous les carolos, à chaque fois qu’il y a une fête sportive, que ce soit la Belgique qui joue, le Maroc, l’Italie, la Turquie, dès qu’il y a une compétition c’est là-bas qu’on va faire la fête. C’est là-bas que tous les gens se réunissent. Je me rappelle , quand on a fait l’Euro 2000 ici en Belgique, on était gamins et la Belgique jouait justement et moi j’étais un peu mitigé entre l’Italie et la Belgique, et une fois que l’Italie gagnait je faisais la fête avec l’Italie et quand la Belgique gagnait je faisais la fête pour la Belgique. Et toujours à Charleroi, on n’allait pas ailleurs ! Ce n’est pas que l’on se disait : « Ah un italien, on va aller plus sur la Louvière parce qu’il y a des italiens », non, non, on allait tous à Charleroi et on faisait la fête à Charleroi, pas à Bruxelles, pas à Namur, on allait à Charleroi faire la fête !

À Charleroi, tout le monde se connaît. C’est comme cette phrase qui dit : « le monde est petit ». Hé bien, à Charleroi le monde est très petit. C’est un vraiment un lieu de rendez-vous.

Avant, je ne comprenais pas pourquoi on l’appelait le Pays Noir. Quand tu es gamin, tu entends parler du Pays Noir. Quand on dit Charleroi, on dit Pays Noir parce qu’on pense métallurgie, charbonnages, et quand on voit tout ça on se dit, ce n’est pas si beau que ça, les usines sont sombres. Mais les gens à Charleroi ont une certaine gaieté, je ne sais pas comment l’expliquer c’est un peu familial, tu vois, quand on se parle. On est à une terrasse, il n’y a pas forcément de sales regards, on se tutoie vite et les gens de Charleroi sont des gens chaleureux, sympathiques, avec leur petit accent carolo, on les reconnaît de loin.

Je suis fier quand on me demande si je suis Charleroi. Je suis fier d’être carolo, très fier. Quand j’étais à l’école à la Garenne, où j’ai fait mes études en sport étude, on ne se disputait toujours avec les internes qui n’étaient pas toujours de Charleroi. Nous on supportait l’équipe de Charleroi donc les petites disputes liées au football, ça n’arrêtait pas.

J’y ai passé les plus belles années de ma jeunesse scolaire et je regrette de ne pas m’être inscrit plus tôt à la Garenne. Prendre le bus le matin pour me rendre à l’école c’était toujours gai car il y avait toujours de chouettes ambiances, des points de facilités, trains, métro, bus, déjà rien que ça c’est déjà pas mal pour aider les gens.

La seule chose qui me touche un peu quand je vais à Charleroi c’est quand je vois les SDF. Ça fait mal au cœur. Je ne dis pas qu’il faut les mettre de côté, ni qu’il faut être un bon samaritain pour les aider mais c’est quelque chose qui me touche. Quand on est un habitué on arrive à un endroit et on les reconnaît. Parfois, on passe à certains endroits et on se dit : « Ah ben tiens, il n’est pas là ». Pourtant je ne le connais pas mais je le vois. Ville basse, près de la nouvelle place, il y a un pont. Il y avait souvent le même SDF qui était là et ça arrivait que je donne 10 francs ou 20 francs, ça dépendait de se que j’avais dans la poche. Je ne donnais pas tout le temps — peut-être 2 fois sur 10 — mais à chaque fois je passais et je regardais s’il était là. Quand j’étais jeune mais encore maintenant… encore maintenant.